mercredi 15 janvier 2014

Avertissement

20 ans que je parcours la montagne, à pied comme à ski, sans jamais avoir eu de pépin... et l'alerte est venue aujourd'hui, un avertissement sans frais qui aura le mérite de me faire réfléchir encore un peu plus sur ma pratique.
Retour sur ce qui s'est passé...

Ce mercredi est le seul jour de beau temps annoncé pour cette semaine. Je décide donc de sortir à skis et choisis d'aller dans le Dévoluy, un massif que je connais peu (une seule sortie à ski en février 2009 avec Patrick, on avait fait le tour du Rocher Rond) et qui a reçu moins de neige que les massifs plus proches de Grenoble lors de la chute de lundi. Je pense donc que ce sera plus "safe" là-bas qu'en Belledonne où il est tombé au-moins 40cm de neige fraîche contre 20cm en Dévoluy. La Jarjatte n'est pas si loin de la maison (une petite heure) et il y a déjà un moment que je souhaite retourner par là-bas. En regardant le toponeige mardi soir, je repère une boucle qui semble sympa : montée au col de Corps, descente en Est puis remontée à l'Aiguille du Haut-Bouffet pour en descendre le couloir Ouest. Si j'ai encore les jambes, je pourrai même au passage faire l'aller retour au Col des Aiguilles que je ne connais pas.


C'est donc fort d'une belle motivation que je pars du parking vers 8h et remonte la piste de ski où seules 2 traces (a priori de la veille) me précèdent. Arrivé en haut du téléski, je prends une photo du col des Aiguilles et du Col du Haut-Bouffet, séparés par l'Aiguille homonyme. C'est le versant que je devrais redescendre tout à l'heure.


Les traces s'arrêtent là. Pas grave, la couche de fraîche n'est pas trop épaisse et super légère : tracer est même un plaisir dans ces conditions. La suite consiste à suivre un large chemin forestier (visible en bas à gauche sur la photo ci-dessous) qui fait une grande traversée en limite de forêt sous le Roc de Garnesier.


Un ressaut plus raide mène à une crête qui donne accès au vallon du Col de Corps. Je trace au milieu des sapins et, le fond dur à l'approche de la crête faisant riper les skis, je finis à pied les 50 derniers mètres sur une croupe où les cailloux affleurent.


De la crête, la vue se dévoile sur le Col de Corps qui sépare le Roc de Garnesier (à gauche) de la Tête de Garnesier (à droite). Comme au Pas de La Coche dans Belledonne, dommage qu'une ligne EDF passe aussi par là !



30mn plus tard, me voilà au Col de Corps où je trouve le soleil et prends le temps de me restaurer et de faire une photo de moi au retardateur, histoire de ne pas montrer que des paysages.



Je laisse les skis et monte à pied sous la Tête de Garnesier pour faire quelques photos de ce coin que je découvre et repérer la suite du programme (principalement le cheminement dans les pentes Est où je sais qu'il faut tirer à gauche).


Retour à mes skis et c'est l'heure de la descente. Au moment de m'élancer, je suis surtout attentif à une éventuelle zone de neige glacée (il y a de grandes zones vitrées juste sous le col côté Ouest), moins à une plaque à vent car l'épaisseur de neige fraîche semble assez faible. Pourtant (l'instinct ?), je teste quand même en sautant sur place pour faire partir la neige meuble juste sous la crête ... pas de fissures, rien ne bouge. Je traverse en haut de la petite combe d'une vingtaine de mètres de large dans laquelle je compte descendre et saute une nouvelle fois sur la neige fraîche qui repose sur un fond dur, encore sans résultats. Quelques mètres plus loin c'est une zone en neige dure : je fais donc un 1er virage et me laisse glisser vers le milieu de la combe où je pense enchaîner quelques beaux "S" dans la poudre avant de traverser sur la gauche. Au moment où j'amorce mon 2nd virage, j'entends un sinistre pffuit ... et toute la combe se met en mouvement ! Tout va très vite, dans la neige comme dans la tête : compréhension immédiate de la situation. J'essaie de rester debout et de partir droit dans la pente mais je suis déstabilisé et me retrouve très vite assis dans la coulée, les skis heureusement dans le sens de la pente. J'essaye tant bien que mal de rester sur mes appuis et de glisser vers le côté gauche pour m'échapper. La coulée n'est pas très volumineuse (heureusement !) et je reste en surface, entraîné par le courant comme si j'étais dans des rapides. Le ski gauche lâche soudain et je bascule en avant vers la droite alors que j'étais presque sorti du flux. Je me débats pour me redresser ... et tout s'arrête. Je me relève immédiatement et constate que le ski perdu est 10m au-dessus, je remonte le chercher puis me déplace sur la croupe à gauche (en neige dure), au pied d'un pylône. Désormais en sécurité, je reprends mes esprits et prends quelques photos de la coulée qui m'a entraîné sur une cinquantaine de mètres. Ouf !!!


Pas de contrecoup (du genre se mettre à trembler) mais plutôt vexé de m'être fait prendre comme un bleu, je cherche à comprendre pourquoi je n'ai rien vu venir. Je réalise aussi que j'ai eu de la chance car la coulée est de faible ampleur... Bien sûr il n'est pas question de continuer la descente car ça supposerait d'aller couper d'autres pentes suspectes : je décide de remonter (crampons aux pieds) par une croupe en neige dure qui me permet d'éviter les combes parallèles à celle que j'ai décrochée et d'accéder au-dessus du col côté Roc de Garnesier. Retour au point de départ et photo vu d'en haut : les traces suffisent pour comprendre le scénario...



La suite se déroule sans soucis : descente versant Ouest par l'itinéraire de montée dans une neige d'abord compliquée (cartonnée, encore un effet du vent qui aurait dû m'alerter...) puis excellente dans le ressaut plus raide où je reste bien à gauche dans les arbres histoire de ne pas tenter le diable une seconde fois. Un gars me regarde d'en bas, au moins je ne suis plus seul en cas de décrochage ! C'est un menuisier de Lus avec son chien, il connaît le coin comme sa poche. On discute un moment, je lui explique ma mésaventure et on parle du loup qui a fait des dégâts sur les troupeaux cet été (une autorisation de tir a même été accordée mais la bête est maligne, elle a tué dans le vallon d'en face le jour de la battue). On fait ensemble la traversée qui ramène en haut du téléski et on se quitte là car il doit aller bosser. Je profite de sa trace pour monter jusqu'au col des Aiguilles - que je n'avais jamais visité - tandis que le ciel se bâche à l'Ouest.


Côté Est, c'est encore bleu et ça donne envie d'aller visiter mais ce sera pour une autre fois !


Un chamois se balade sur la crête à gauche.


 Dans l'ombre il fait assez frais et je ne m'attarde pas trop. La descente est comme au col de Corps, c'est carton voire glacé sous le col puis de mieux en mieux. Le ciel est revenu au bleu entre temps et le cadre est enchanteur avec les sapins et le col des Aiguilles en toile de fond.


 Quant à l'Aiguille du Haut-Bouffet et son couloir (zoom sur l'entrée ci-dessous), ce sera pour une autre fois, j'en ai assez pour aujourd'hui.


Fin de descente sous le téléski (fermé) dans une petite poudreuse légère parfaite pour clôturer cette journée peu ordinaire...


J'ai choisi de parler plutôt que de garder pour moi cette mésaventure dont je ne suis pas fier mais qui me servira. C'est un avertissement sans frais comme me l'a écrit un gars sur Skitour. Expliquer ce qui s'est passé pour que ça serve à d'autres, mais aussi pour avoir leurs commentaires et pour mieux comprendre les raisons (conscientes ou pas) qui m'ont amené à cette situation...