samedi 3 septembre 2016

Aiguille du Plat de la Selle

Nous avions coché ce week-end avec Romain pour réaliser une belle sortie en montagne sur deux jours, dans la lignée de ce que nous avions fait il y a trois ans avec la splendide traversée de la Meije. Plusieurs options sont discutées entre nous, le point commun entre toutes étant qu'il ne s'agit que de "grands sommets" que nous rêvons de faire un jour ! Finalement, la météo s'en mêle et nous fait changer les plans : dimanche s'annonce moyen avec l'arrivée d'une perturbation orageuse, il n'est pas question pour nous de nous engager sur une grande course en altitude dans ces conditions. Nous changeons donc les plans et partons pour une sortie à la journée (samedi étant annoncé grand beau) mais sur un grand sommet quand même : ce sera la traversée de l'Aiguille du Plat de la Selle (3596m). Sur ce sommet, nous allons trouver ce que nous sommes venus chercher : du terrain typique du "Grand Oisans Sauvage" (raides éboulis, rochers branlants), de la recherche d'itinéraire, de la solitude (pas vu un chat), un panorama à couper le souffle, du défi physique (plus de 2000m de D+), bref de quoi satisfaire nos appétits même si c'est un "second choix" par rapport à nos ambitions initiales.


Vendredi soir, 22h30, nous sommes prêts pour la nuit sur le parking à Champhorent. Bivouac quatre étoiles sous des milliards d'étoiles !


Départ 5h40, nous marchons à la frontale dans la nuit noire mais ça ne durera pas très longtemps.


Un peu moins de deux heures plus tard, à 7h30, nous avons avalé les mille premiers mètres de dénivelé. Le soleil dans notre dos éclaire un autre sommet que nous avons en commun Romain et moi : la Tête de Lauranoure (au centre).


C'est ici, vers 2500m d'altitude, que nous quittons le sentier pour partir vers l'Est dans un terrain de plus en plus rocailleux. Il y a encore un peu d'herbe ici mais ça ne va pas durer...


Après une heure de progression dans cet immense océan de pierres qu'est devenu le (feu) glacier du Plat, nous avons enfin l'objectif devant nous : nous allons devoir remonter un mauvais couloir droit dans l'axe pour rejoindre la crête à gauche des grandes dalles grises. La suite sera plus sympathique et nous réservera du meilleur rocher... mais nous n'en sommes pas encore là !


Dans le fameux "mauvais couloir" : du vrai terrain à chamois où je veille à ne rien faire descendre sur Romain (qui n'a pas sa forme habituelle et pour une fois peine un peu à me suivre !).


On tergiverse un peu en haut du couloir où, probablement un peu abusé par une photo vue sur le Net, je vais bricoler dans une mauvaise cheminée sur la droite alors qu'il fallait aller à gauche sur l'arête qui se découpe sur le ciel derrière Romain. Un peu de temps perdu, mais ce n'est pas bien grave, c'est classique dans ce genre de terrain.


Nous repartons donc sur le bon itinéraire qui devient un peu plus grimpant même si la qualité du rocher reste très médiocre, pour ne pas dire plus...


Nous basculons sur une portion plus agréable, le rocher s'améliore même si on est loin d'être dans une jolie paroi en pur rocher. En visant les meilleures zones, il y a quand même de quoi se faire plaisir et surtout nous avançons plus vite que dans les éboulis du bas.



Nous rejoignons la crête Sud qui mène au sommet. Celui-ci est désormais tout proche : une dizaine de minutes et nous y serons.


Nous découvrons l'autre versant - celui du Soreiller - par lequel se fera la descente. Au fond, quelques grands sommets du massif : Barre des Ecrins, Pelvoux, Pic Sans Nom, Ailefroide, Bans, Sirac...


Joli cheminement sur l'arête terminale avec un passage sur une veine de rocher rouge.


Et nous voilà au sommet, atteint un peu avant 11h. Derrière Romain, la Meije nous fait de l’œil. Dire que nous y étions il y a tout juste trois ans...


Sommet de l'Aiguille du Plat de la Selle (3596m) : un sacré belvédère occupant une position assez centrale dans le massif donc offrant un panorama exceptionnel dont on va profiter un bon moment. En effet, nous restons plus de quarante minutes au sommet, le temps de pique-niquer et de papoter sur toutes les montagnes qui nous entourent, l'occasion de se remémorer des souvenirs (Meije, Grande Ruine, Roche-Faurio, Dôme, Rouies, Lauranoure...) mais aussi d'élaborer de futurs projets (... !).


Nous attaquons la descente à 11h40 par le couloir Sud qu'il faut emprunter sur une centaine de mètres de dénivelé : un terrain raide et instable qui donne le ton pour la suite.



Nous quittons le couloir par la gauche et franchissons une première crête. Un petit cairn indique la voie, de nombreux autres suivront et sont bien utiles !


En effet, nous sommes au milieu d'une gigantesque face entrecoupée de nombreuses crêtes et ressauts : les cairns permettent de ne pas avoir à se poser trop de questions sur l'itinéraire et c'est ma foi bien agréable. Cela aide aussi à garder sa concentration sur la progression, la chute est ici proscrite et il faut donc garder toute sa vigilance.




Une heure après avoir quitté le sommet, nous voilà au col de Burlan. Nous sommes sortis des difficultés et pouvons relâcher la vigilance. J'étais ici même il y a à peine un an, la suite je connais et je sais que c'est encore long : 1600 mètres de D- avant de rejoindre la route de la Bérarde.


Voilà la face que nous venons de descendre : un beau tas de cailloux !


Encore une petite heure et nous rejoignons l'alpage et le sentier, c'est un soulagement après les immondes pierriers des pentes sous le col de Burlan... Romain change de tenue et passe le short, nous n'avons plus qu'à suivre le sentier pour les 1000 derniers mètres de dénivelé.


Lesquels sont avalés en une heure, sans courir.


Après un petit bain dans le ruisseau (qui nous fait un bien fou), nous levons le pouce à la première voiture, laquelle s'arrête et nous dépose quelques kilomètres plus bas à notre parking de départ. La boucle est bouclée : une belle balade qui permet d'atteindre un beau sommet de l'Oisans mais qui demande de l'endurance et une certaine expérience montagne quand même !