lundi 8 mai 2017

Pérégrination Arsinienne

L'épisode "marathon" ayant quelque peu tronqué ma saison de ski de randonnée, il me tardait de rechausser les skis. C'est donc avec beaucoup d'envie que je pars ce matin à 5h du petit hameau du Casset situé quelques kilomètres après le col du Lautaret dans la vallée de la Guisane. J'ai fait la route hier soir, une fois connu le résultat de l'élection présidentielle, et ai dormi dans la voiture garée sous les mélèzes.


Une petite heure plus tard, je suis au lac de la Douche qui marque la sortie du mélézin. C'est ici que je trouve un enneigement presque continu et je change donc de chaussures, laissant les baskets et la frontale à l'abri dans un sac poubelle déposé sous le dernier mélèze. Il neige mais je suis confiant, Météo France a annoncé le soleil dans la matinée (c'est d'ailleurs la raison première de ma venue ici).


Je marche sur le célèbre GR54, celui du Tour de l'Oisans, qui  remonte le vallon du Petit Tabuc et est saupoudré d'une mince couche de neige. Quelques chamois m'observent depuis le pierrier au-dessus de moi, se demandant probablement quel est cet humain qui vient les déranger chez eux à cette heure.



 Plus haut, alors que j'ai maintenant chaussé les skis, j'ai la chance de croiser encore la faune locale, en l'occurrence des lagopèdes qui s'envolent pour aller se poser quelques mètres plus loin.


Je passe à proximité de la cabane pastorale du Réou d'Arsine. Même si c'est très rudimentaire, certains viennent bivouaquer ici pour s'approcher des faces qu'ils graviront le lendemain, cela permet de gagner 2h de sommeil ! Le berger quant à lui ne viendra s'installer ici qu'aux beaux jours.


Avant le col d'Arsine, toujours dans une ambiance très ouateuse au milieu des nuages, je bifurque vers la gauche et rejoins l'échine d'une longue moraine que je suis vers le haut. C'est alors que le voile commence à se déchirer, découvrant le cirque du glacier d'Arsine fermé par de hautes murailles.



J'avais plusieurs idées en tête quant à la suite du programme, le choix dépendant des conditions :
- de la météo
- de la neige (quantité et qualité)
- et bien sûr de la forme du bonhomme...

Mon premier choix était de faire les Agneaux par le couloir Piaget, un objectif qui est depuis longtemps dans ma "to do list". Mais j'hésite un peu car les nuages restent accrochés sur la calotte sommitale alors que ça se dégage complètement sur le Pic de Neige Cordier (un excellent souvenir d'il y a 3 ans). Après réflexion, c'est donc vers l'autre option majeure du secteur que je me tourne : le couloir de la brèche Cordier qui débouche à gauche du sommet. L'approche est un peu plus longue mais il me fait bien envie vu d'ici !


Me voilà donc sur la partie haute du glacier d'Arsine que je traverse pour rejoindre la base du couloir.


J'ai tourné le dos à la jolie face Nord-Ouest des Agneaux et son fameux couloir Piaget. C'est sans regret car, même si le ciel s'est bien dégagé, le sommet est toujours accroché par les nuages.


9h, crampons aux pieds et skis sur le sac, c'est le début d'un gros brassage et d'une débauche d'efforts.


Une fois le cône remonté et la rimaye franchie (bien bouchée), la sortie est visible : c'est la brèche là-haut, si près, si loin...



Montée harassante mais je n'en perds pas la banane pour autant !




Mais la tâche s'avère trop grande pour moi dans les conditions du jour. Pas assez d'énergie pour continuer, et l'altitude se fait sentir (j'ai dépassé la côte 3000m). Je m'arrête une première fois pour boire - il fait chaud dans cette face Est - puis une seconde... et finis par jeter l'éponge vers 3150m. Des petites boulettes de neige descendent régulièrement le couloir sous l'effet du réchauffement (et probablement du vent qui souffle en haut) et je sais qu'il ne serait pas prudent de traîner trop tard dans ces lieux, il est donc plus sage de s'en tenir là même si c'est à regret. Je passe donc en mode descente.


Dernier regard vers le haut sur ces pentes immaculées, et qui le resteront aujourd'hui. Dans l'axe, le sommet du Pic de Neige Cordier (3614m) semble inaccessible.


Sous mes pieds, le bassin glaciaire d'Arsine. A droite, comme un clin d’œil dans ce moment marqué par un petit sentiment d'échec, le sommet des Agneaux est désormais au soleil...


Trève de contemplation, il est temps de descendre. Neige physique qui coule en surface, m'obligeant à m'arrêter tous les trois virages, ce qui m'arrange bien car j'ai les cuisses en feu.


Je laisse derrière moi ce couloir où il me faudra revenir, n'étant monté aujourd'hui que jusqu'au coude qui sépare la partie basse de la partie supérieure (là où il y a de l'ombre sur la photo).


Je m'accorde une pause de quelques minutes, profitant du cadre tout en mangeant un morceau. Je m'allonge même et ferme les yeux un instant. Besoin de souffler avant d'entamer la longue descente jusqu'à la voiture.


D'autant que le retour n'est pas de tout repos, la neige chauffée par le soleil s'est transformée en véritable colle, la glisse est très mauvaise et je suis forcé de pousser sur les bâtons sur plusieurs portions où la pente n'est pas assez forte. Je traverse à flanc au-dessus du lac d'Arsine, m'efforçant de perdre le moins d'altitude possible pour franchir la moraine sans trop avoir à remonter.


Je laisse derrière moi ce fantastique théâtre dans lequel j'ai déjà hâte de revenir.



Derniers instants de glisse dans le vallon du petit Tabuc.


Au lac de la Douche, je suis face aux beaux couloirs Davin : à droite le "grand" (que j'ai skié il y a vingt ans, le 12 avril 97) et le "petit" d'où est descendue une belle avalanche (probablement hier ou avant-hier).


Je retrouve mes baskets et l'ambiance printanière, grand écart avec l'ambiance de "là-haut" !




Retour à la voiture à 13h20, soit une sortie d'un peu plus de 8 heures pour environ 1650 mètres  de dénivelé. De quoi être un peu fatigué !


La balade se prolonge par la route de retour, avec toujours beaucoup de plaisir à passer ce col du Lautaret où il y a beaucoup de skieurs aujourd'hui alors que je n'ai vu personne de la matinée !