dimanche 26 août 2018

Olan

Avec Romain, on essaye de faire au-moins un "grand sommet" par an. Cette année c'est l'Olan dans le massif de l'Oisans que nous visons et nous proposons à Patrick de nous accompagner dans l'aventure. C'est un hors série de Montagne Magasine sorti en 2012 qui m'avait fortement donné envie de visiter cet itinéraire, il aura fallu attendre 6 ans pour passer de la lecture à la réalité !



Nous partons de la Chapelle-en-Valgaudemar à 12h30 samedi, après avoir avalé la route ainsi qu'un bon pique-nique pris "au cul de la voiture".


Le ciel est assez chargé sur les hauteurs mais ce n'est pas très grave, la météo est annoncée belle pour demain, c'est le principal ! Pour l'heure, il s'agit pour nous d'avaler les 1600 mètres de dénivelé qui nous séparent du col Turbat, haut perché à 2679 mètres d'altitude.



La partie supérieure se fait hors sentier et nous y croisons des débris d'avion issus d'un crash qui date de 1985 (plus d'info sur cette page).



Le col Turbat est là au fond du vallon, il s'atteint par une cheminée facile qui permet de franchir les ressauts raides dominant le pierrier.




Nous sommes surpris de tomber sur trois jeunes qui arrivent au col pile en même temps que nous. Pourtant ce passage n'est pas des plus fréquentés ! Ils arrivent du refuge de Font-Turbat et vont y retourner avec nous.


La descente du versant nord est assez technique et l'ambiance bien humide, il faut rester bien concentré dans ce vrai terrain à chamois.



Arrivée au refuge à 17h15, soit 4h45 après avoir quitté la voiture, voilà une belle façon de s'échauffer pour demain !


Après le repas du soir, le ciel se dégage un peu et nous pouvons admirer l'impressionnante face nord-est de l'Olan (1200 mètres de haut tout de même). Demain nous serons là-haut sur les arêtes à gauche du sommet.


Nous voyons également cet étonnant versant nord du col Turbat que nous avons descendu tout à l'heure. Eh oui, il y a bien un chemin qui se faufile dans ces parois abruptes, difficile de l'imaginer vu d'ici !


Dimanche, le départ est donné à 4h45, nous partons pour la traversée de l'Olan et nous ne sommes (à notre grand regret) pas seuls. Il y a quatre cordées aujourd'hui sur cette traversée, dont une avec un guide que Patrick connaît !


1h30 plus tard, nous sommes bien au-dessus du lac des Pissous alors que le jour se lève et que la lune nous fait un dernier coucou.


A l'approche de la brèche de l'Olan (à gauche, où nous ne monterons pas), l'itinéraire consiste à suivre la vire caillouteuse puis le névé pour rejoindre la petite brèche carrée à l'extrémité à droite.


Un peu avant 7 heures, nous sommes à la brèche carrée, sourire aux lèvres.



La suite se dévoile à nos yeux : nous allons suivre la fameuse "diaclase" (fissure) jusqu'à rejoindre le névé suspendu au-dessus duquel l'escalade deviendra plus sérieuse.



C'est ici, à gauche du névé suspendu, que nous sortons la corde. Environ 1000 mètres sous nos pieds, on aperçoit le refuge (tache grise dans les prés en bas à gauche)... mais nos yeux sont plutôt tournés vers le haut !


La paroi se redresse fortement, nous observons Gégé (le guide) et son client qui sont en action juste devant nous. Le gardien du refuge nous a dit hier soir qu'avec le recul glaciaire il fallait surtout ne pas trop monter car il est difficile de s'assurer dans ces dalles moutonnées : il faut grimper jusqu'à la limite de la bande jaune puis traverser vers la droite pour rejoindre une cheminée plus facile.


Et voilà, c'est chose faite, je suis dans la-dite cheminée tandis que Patrick me rejoint (photo Romain). L'escalade n'est pas difficile mais c'est en effet compliqué de s'assurer correctement ici... donc il vaut mieux ne pas tomber !


La suite en quelques images (faites avec la GoPro) qui donnent une bonne idée de l'ambiance.





Droit vers le haut !

(photo Romain)

(photo Romain)


Romain prend la tête pour remonter une belle dalle qui donne accès à l'arête. Derrière nous, le vallon du Désert en Valjouffrey est encore dans l'ombre portée de l'Olan.

(photo Romain)

(photo Romain)
Sur le fil de l'arête, nous trouvons le soleil et une vue superbe en direction de l'Est. C'est ici que nous rejoignons l'itinéraire de la première ascension de l'arête nord par le père Gaspard (en 1880) qui était parti du glacier des Sellettes.


Pas de problème d'itinéraire à partir d'ici : il suffit de suivre le fil de l'arête !


(photo Romain)
Même si nous sommes maintenant au soleil, chacun garde la veste car de belles rafales de vent rafraîchissent bien l'atmosphère. En témoigne la corde qui flotte au vent !


(photo Romain)
Un beau rocher et un cadre magnifique pour une grimpe plaisir avec le glacier des Sellettes comme réceptacle en cas de chute !


C'est Romain qui mène la cordée sur cette portion jusqu'à la pause "grignotage" de 9h45 qui est la bienvenue pour tous les trois.



Je reprends la tête ensuite et ne ferai désormais plus que des photos avec la GoPro car j'ai oublié de recharger la batterie de l'appareil photo. Dommage, et toutes mes excuses pour les cadrages ratés avec toujours un bout de gant qui traîne ! En contrepartie, le grand angle de la caméra donne vraiment de belles images qui rendent bien compte de la réalité.





Arrivée au sommet de l'Olan, il est 10h45, nous avons mis exactement 6 heures depuis le refuge. Ce n'est pas très rapide mais plutôt honorable pour une cordée de trois toujours plus lente qu'une de deux.

(photo Romain)


(photo Romain)

Panorama : Rateau, Meije, Barre des Ecrins, Ailefroide... et le petit lac glaciaire des Rouies. On fait pire comme point de vue !


On profite un peu du sommet tout en observant la cordée de Gégé qui escalade l'antécime Est, ce sera notre tour dans quelques minutes !


Un petit rappel nous dépose dans la brèche entre le sommet et l'antécime. Derrière Romain, le petit village de La Chapelle-en-Valgaudemar situé 2500 mètres sous nos pieds sera l'objectif final de la journée. Nous avons encore un peu de chemin à parcourir avant d'y être...


Je descends en second puis Patrick nous rejoint.

(photo Romain)

(photo Romain)
La suite consiste à descendre sur le fil d'une arête vertigineuse à souhait. Désescalade et courts rappels au programme. Âmes sensibles au vertige, s'abstenir !




(photo Romain)

(photo Romain)


Un dernier rappel et nous voilà à proximité de la brèche Escarra. C'est ici que nous allons quitter l'arête pour descendre plein sud en direction du glacier de l'Olan.

(photo Romain)


Une descente dans des gradins faciles pile sous la brèche Escarra (en V bien visible là-haut).



Il est presque 13 heures et nous faisons la pause pique-nique sur une belle terrasse.


Puis nous entamons une grande traversée vers l'Est pour rejoindre la ligne de rappels qui nous permettra de rejoindre le glacier.



Nous enchaînons trois rappels qui nous déposent sur la neige.





Le dernier nous fait sauter par-dessus la gueule de la rimaye, gouffre noir qu'aucun de nous n'a envie de visiter...


S'ensuit une longue descente, d'abord sur la neige puis dans les cailloux et enfin dans l'herbe pour rejoindre le refuge de l'Olan où nous nous octroyons une bonne pause... ainsi qu'une bonne bière fraîche !






A 16h45, bien requinqués, c'est le départ du refuge pour la descente finale sur La Chapelle : 1250 mètres de dénivelé négatif pour clore cette belle et longue journée.





C'est quand la prochaine ?