dimanche 24 mars 2019

Agneau blanc

Quand Romain me demande si je suis dispo ce dimanche (ça tombe bien, je le suis), je ne m'attends pas à ce qu'il propose les Agneaux comme programme... Mais je ne mets pas longtemps à me faire à l'idée ! Nous voilà donc à poser la tente samedi soir sur les aiguilles de mélèze du parking du Casset.


Réveil à 4h30 pour un départ à 5h20, on n'est pas des plus efficaces à l'aube de ce dimanche ! Ce qui ne nous empêche pas d'être au lac de la Douche une heure plus tard en train de zieuter le versant que nous emprunterons dans quelques heures à la descente.


L'ambiance se réchauffe à 7h avec l'arrivée du soleil alors qu'on approche du col d'Arsine.


Un groupe de 4 quitte la cabane pastorale et va nous rejoindre un peu plus haut, nous ferons l'approche ensemble puisqu'ils vont également en direction de la face NO des Agneaux.


Courte pause au soleil face au Pic de Neige Cordier (3614m) et au Pic de Chamoissière (3207m). L'occasion de se remémorer de bons souvenirs partagés comme celui-ci il y a 5 ans ou, pour ma part, celui-là  il y a 2 ans.


On repart vers le haut et rejoignons nos camarades du jour qui sont montés un peu haut dans la pente à notre goût alors qu'on a préféré tracer plus bas sur des mamelons moins raides.


Romain trace la route face au beau couloir de la brèche Cordier que je ne quitte pas des yeux... J'ai vraiment envie d'y retourner !


Avec nos acolytes, on n'a décidément pas la même lecture du terrain : ils choisissent de monter sous les séracs pour enlever les peaux et traverser vers la base du couloir Piaget alors qu'on préfère garder les peaux et traverser plus bas à l'abri d'une éventuelle chute de sérac.


La suite du programme, c'est là-bas...


On remonte le cône sous le couloir skis aux pieds puis c'est l'heure du changement de matériel pour passer skis et bâtons sur le sac et les remplacer par crampons et piolets.


C'est parti pour la longue remontée du couloir Piaget. On profite au début des traces de nos compères.




Puis on les dépasse et partons légèrement vers la gauche tandis qu'eux vont monter tout droit dans la face.



La suite est du genre monotone et consommatrice d'énergie, on se relaye pour tracer tout le couloir avec parfois des zones où on s'enfonce bien profondément !



La pente se creuse, c'est de plus en plus beau. C'est au cœur de la pente qu'on prend la mesure de son ampleur.



Nous voilà enfin aux rochers qui marquent la sortie des 600 mètres du couloir Piaget.



Romain à la sortie du couloir (sur fond de Barre des Ecrins que vous aurez bien-sûr reconnue).


Enfin au soleil, on s'offre une bonne pause boissons / sandwich / crème solaire avant de repartir vers le haut. L'arête qui va nous mener au sommet n'est pas si facile et il s'agit de se refaire une petite santé avant de s'y attaquer, d'autant plus que l'altitude (nous sommes vers 3400m) commence à se faire sentir.


Vingt bonnes minutes plus tard, on entame la dernière partie de l'ascension.


L'arête entre neige et rochers branlants n'est pas difficile en soit mais nous donne quand même du fil à retordre sur un court passage où l'engagement est bien présent. Les deux piolets sont mis à contribution et on passe finalement sans avoir à sortir la corde (qui restera au fond du sac aujourd'hui).




Grosse dépense d'énergie pour passer ce ressaut, n'est-ce pas Romain ? Mais le sourire est toujours sur les lèvres, on est heureux d'être ici !


Le sommet est là-haut, encore un dernier effort et on y sera.



Ce qui n'empêche pas de profiter de la vue grandiose sur les grands sommets des Ecrins.


Ou sur les pentes fuyantes et glacées qui se trouvent maintenant sous nos pieds (pour information, cette pente peut être skiée plus tard en saison à condition que la neige s'accumule suffisamment pour masquer la glace sous-jacente... mais aujourd'hui c'est clairement de l'ordre de l'impossible).


Un peu avant 13 heures, Romain s'attaque à la dernière pente sous le sommet tandis que derrière nous arrivent nos compères du matin qui sont sortis plus à droite sur l'arête.



Selfie traditionnel au sommet, aujourd'hui c'est sur l'Agneau Blanc à 3634 mètres d'altitude !


On arrive de là...


Et on va descendre par là sur le glacier du Casset.


Les deux autres sommets de la montagne des Agneaux (central et Agneau noir) sont juste devant nous mais on n'ira pas les visiter aujourd'hui !


Début de descente à 13h15, à ski depuis une brèche située une quinzaine de mètres sous le sommet.
Le départ est raide mais la neige est bonne et l'exposition quasi nulle donc pas de stress.


Ensuite ça déroule sur une grande et large pente, la neige poudreuse est des plus agréables à skier.



On n'est pas bien là ?


Notre projet était de descendre par le couloir Davin donc on va jeter un oeil à son entrée... mais l'accès est un peu scabreux et ne nous emballe pas.



D'un commun accord, on préfère se tourner vers la descente du glacier du Casset qui semble être en excellentes conditions. En montagne, il faut savoir s'adapter et être capable de sortir du projet envisagé !



On ne va pas regretter ce choix, c'est une descente de grande classe qui nous attend. La neige est portante voire même poudreuse sur la partie haute, c'est un plaisir d'enchaîner les virages.




Une zone bien raide longeant le glacier nous fait plonger vers le bas.



Plongée vers la vallée et le village du Casset. Romain s'éclate tout autant que moi !




Le crux de cette descente se trouve juste un peu plus bas : un court étranglement pour accéder aux grandes pentes du bas.



La suite, c'est du grand ski sur neige de printemps. Seules les jambes nous empêchent d'enchaîner plus d'une vingtaine de virages, c'est que ça commence à tirer un peu quand même !




Sur notre droite, le couloir Davin se dévoile maintenant dans son intégralité. Nous y reviendrons une autre fois... Je l'ai déjà skié mais il y a plus de 20 ans (précisément le 12 avril 1997) donc il y a prescription !


Pour l'heure, il nous reste encore de belles pentes à skier puis tout le vallon du Casset pour rejoindre notre point de départ.



Trouvez le skieur !



Arrivée au Casset à 14h30, soit un peu plus de 9 heures après en être partis. Une sacrée balade je vous dis ! On s'arrêtera 30 minutes plus tard sur le bord de la route au-dessus du Casset pour profiter de la vue sur notre descente.


Puis avant Villar-d'Arène pour zoomer sur l'itinéraire de montée.


Une boucle d'une logique implacable qui nous a mis des étoiles plein les yeux.
Des sorties comme ça, ça vous donne la pêche pour un moment !