Les conditions de neige devenant compliquées (la dernière chute commence à dater), j'avais proposé de changer un peu d'activité et c'est la goulotte Paul Arthaud aux Oreilles du Loup qui avait emporté les suffrages pour ce samedi matin (en tout cas ceux de Lionel, Romain et moi) sur notre groupe WhatsApp. Mais Patrick n'étant pas chaud pour une goulotte, la proposition alternative (et de dernière minute) de Romain vendredi soir a fait l'unanimité : ce sera le Grand Armet, une grande classique qui est depuis longtemps dans les cartons.
Départ à 7h25 de Moulin-Vieux, il fait -10°C et nous conserverons cette température jusqu'en haut ou presque...
L'approche est longue et sauvage dans ce vallon du ruisseau de Vaunoire qu'il faut remonter jusque sous le verrou de Plancol (qui bascule derrière sur le col d'Ornon pour ceux que la géographie intéresse). Pas loin de 5 kilomètres seront nécessaires pour gagner les premiers 500 mètres de dénivelé !
Derrière nous, le soleil éclaire les hauteurs et réchauffe un peu l'ambiance toujours aussi glaciale comme en témoignent les belles formations de glace ici et là.
A 9 heures, nous sommes au pied de la face qui, à cette époque de l'année, reste dans l'ombre toute la journée. Notre objectif est tout là haut, un peu plus de 1100 mètres plus haut : c'est la petite bande neigeuse au soleil au centre de la photo.
Nous laissons donc Plancol sur la gauche et montons en direction du Col de Combe Oursière. La neige est parfois très dure et je déchausse malencontreusement un ski lors d'une conversion, le ski file droit dans la pente et s'arrête miraculeusement avant le grand saut : un arbuste qui dépasse à peine de la neige (un genévrier probablement) l'a brutalement stoppé. Ouf !
Le temps de redescendre le chercher, de mettre les crampons (pour les enlever 100 mètres plus haut car la neige ne porte pas suffisamment) et je me retrouve un peu à la bourre. Il me faudra faire chauffer un peu la machine pour rattraper les autres, Romain (à droite de la zone glacée) et Lionel et Patrick (plus bas à droite, presque dans l'axe du Col de Combe Oursière).
Le regroupement se fait juste avant la première cascade où Romain nous attend.
Une bande neigeuse de gauche à droite permet de franchir cette première cascade skis aux pieds. C'est un peu technique mais ça le fait bien même sans couteaux.
Un peu plus haut, un seconde ressaut plus raide nous oblige à mettre les skis sur le sac et à chausser les crampons. Le caractère alpin de cette course est indéniable, avec Romain ça nous rappelle la Tête de Lauranoure dans les Ecrins.
Une fois le ressaut raide franchi, nous conservons les crampons encore une centaine de mètres car la neige porte plutôt bien.
Mis c'est bien skis aux pieds que nous rejoignons le sommet où nous trouvons - enfin - le soleil !
Nous aurons mis 4h20 pour rejoindre ce sommet qui se mérite ! Mais quel panorama...
Comparatif hiver / été sur l'arête qui file plein Sud depuis le sommet du Grand Armet. Que dire sinon que ça donne bien envie de s'y engager, le voyage doit être long... mais sauvage et beau !
Pour l'heure, c'est vers le bas que nous nous engageons sur une neige cartonnée, on se croirait sur un glacier à plus de 3000 mètres.
Un plongeon vers le bas qui demande de bien lire la neige pour viser les meilleurs endroits. Un ski bien éloigné des grandes courbes en poudreuse mais c'est aussi ça la montagne !
Passage un peu tendu pour la cascade du haut, la concentration est de mise.
Au tour de la seconde cascade que mes comparses évitent par l'itinéraire de montée en rive droite tandis que je ski le petit couloir directement à droite des reflets bleutés.
Ensuite c'est ski grand large même s'il n'est pas vraiment possible de se lâcher vraiment car la neige est changeante : de très bonnes portions de poudreuse (frisettes) alternent avec des plaques dures et il faut ouvrir l'œil pour anticiper.
Nous choisissons de plonger droit dans le canyon plutôt que de prendre les pentes en rive gauche comme à la montée. Ski ludique et plaisant, l'itinéraire est esthétique et nous ramène sous Plancol.
Puis c'est la longue descente du vallon de Vaunoire qui nous ramène à la voiture skis aux pieds. Nous y croisons un groupe de 5 personnes en train de monter, la seule rencontre de la balade. On peut dire que le coin est plutôt tranquille et sauvage !
Une promenade qui nous aura pris 6 heures pour 1700 mètres de dénivelé et environ 20 kilomètres de distance, le prix à payer pour cocher la N°57 des 89 de la bible de Bonfort & Shahshahani (
89 randonnées autour de Grenoble) !