Cette goulotte, ça faisait un moment qu'on en parlait avec Romain mais c'est finalement avec Lionel que je l'ai visitée ce samedi. Et le moins qu'on puisse dire est qu'elle a été à la hauteur de nos attentes : c'est un itinéraire vraiment esthétique et plus technique qu'on pensait a priori. Nous aurons bien appris aujourd'hui (notamment me concernant sur l'assurance en terrain d'aventure) et Lionel se sera bien battu pour forcer en tête les 2 passages les plus difficiles.
Le départ est donné à 7h45 de Bourmenu (St Andéol), notre objectif est là-haut dans le gros pilier à droite du poteau électrique et nous partons à ski car nous voulons skier le couloir de la Peyrouse à la descente, Lionel ne l'ayant jamais parcouru.
30 minutes plus tard, le soleil éclaire les falaises et notre itinéraire se précise : approche par la trouée du couloir d'avalanche puis grande traversée vers la gauche pour rejoindre la base de la goulotte.
Encore 30 minutes pour être en haut de la trouée remontée skis aux pieds contrairement aux deux personnes à pieds et sans raquettes (visibles tout en bas sur la photo) qui galèrent sérieusement et qui ont dû prendre un sacré coup au moral en nous voyant les doubler !
Passage à proximité de la cabane de la Peyrouse, blottie en contrebas à gauche juste au dessus de la forêt. Au Sud, le Mont Aiguille et le Grand Veymont attirent immanquablement nos regards.
Mais c'est surtout vers la paroi des Rochers du Ranc Traversier que nos yeux se tournent, c'est là-bas que se faufile notre goulotte.
Nous prenons une vire supérieure qui nous amène à niveau du départ de la goulotte, ce n'était pas le meilleur choix car nous y arrivons en même temps que Jean-Baptiste qui est guide et qui nous suivra tout au long de la goulotte avec son client.
Nous partons donc devant avec Lionel, la première longueur est très sèche, mélange de neige et de rocher mais pas vraiment de glace !
La seconde l'est encore plus, c'est carrément sec.
La suite, à l'ombre, nous permet enfin de trouver la neige et de prendre de la hauteur assez rapidement.
Lionel repasse devant pour la longueur suivante qui devient plus technique : l'ambiance "goulotte" prend tout son sens ici.
Jean-Baptiste et son client nous suivent de près et profitent de nos traces.
L'itinéraire s'enfonce droit au milieu de la paroi et n'oppose pas trop de difficulté jusque là. C'est vraiment joli !
Nous venons buter sur un ressaut au pied duquel Lionel a planté un piton pour assurer le passage qui n'a vraiment pas l'air facile. Ce ressaut vertical va en effet lui donner du fil à retordre mais, après 2 tentatives sans succès avec le sac sur le dos, il parviendra finalement à le franchir sans sac sur le dos. Son expérience plus poussée que la mienne de ce genre de pratique a fait merveille !
Après avoir hissé son sac, il peut ensuite m'assurer dans ce passage difficile plus proche du "dry-tooling" (où piolets et crampons s'accrochent sur le rocher plutôt que la glace ou la neige) que de la classique goulotte. Chapeau Lionel, pas sûr que j'aurais réussi à passer en tête !
Je prends à nouveau la tête pour la suite qui consiste, après une traversée vers la gauche d'une vingtaine de mètres, à remonter une nouvelle goulotte qui file droit vers le haut.
C'est encaissé à souhait, pas difficile techniquement mais pas toujours simple à protéger car je n'ai pas de coinceurs avec moi, je ne mettrai qu'un seul
friend sur 50 mètres.
La goulotte débouche sur une pente de neige plus large en haut de laquelle je peux installer un relais sur sangle autour d'un bloc en rive gauche. Lionel me rejoint rapidement.
Il démarre une nouvelle longueur tandis que nos deux poursuivants nous rejoignent au relais. Moi je prends tranquillement des photos de tout ce petit monde !
Puis c'est mon tour de franchir cette 7ème longueur avec un pas bien technique au niveau d'un gros bloc coincé. Je retrouve Lionel un peu plus haut au dernier relais avant la sortie.
La dernière longueur consiste, après le franchissement d'un court ressaut rocheux, à surmonter la corniche qui barre le sommet de la goulotte. Je m'y emploie avec délectation et débouche sur la crête où je retrouve le monde horizontal.
C'est au tour de Lionel d'en terminer (repérez l'arche dans l'éperon rocheux en arrière plan).
Jean-Baptiste nous rejoint rapidement, ainsi que son client, tandis que nous rangeons le matériel technique et mangeons notre sandwiche (c'est qu'il est déjà 14h).
Malheureusement la descente, dont nous nous faisions une joie par avance, sera une vraie déception : le couloir de la Peyrouse est encaissé et repasse rapidement à l'ombre à cette saison, la neige a redurci et c'est piolet en main que nous avons dû faire la partie la plus raide. Dommage pour Lionel dont c'était la première visite à ski de ce couloir qui est un des plus esthétique de la barrière Est du Vercors !
Heureusement, les pentes sous les falaises ont mieux pris le soleil et c'est sur une bonne neige de printemps que se termine la balade.
Une balade de près de 7h tout de même qui nous aura vraiment enchantés !