Ce n'était pas du tout ce qui était prévu pour ce week-end que nous avions bloqué pour un objectif montagne, mais il faut parfois savoir s'adapter. L'idée initiale était la traversée du Pelvoux, ce sera donc pour une autre fois car les conditions annoncées au point météo de vendredi 16h, ainsi que le retour d'informations d'Emilien (qui a fait ladite traversée ce vendredi matin) et de Mathieu (toujours bien informé en tant que guide à Briançon) nous forcent à changer le programme en dernière minute. Et ce sont justement les prévisions météos qui nous orientent vers un sommet plus au Sud : le couloir Ouest du Pic de la Font Sancte (3385m), point culminant du massif du Queyras.
La problématique de ce versant Ouest par le Val d'Escreins est que la route d'accès est fermée et n'ouvre en général pas avant la fin mai. La solution la meilleure est alors de faire les 6km de route à vélo, ce qui ajoute à l'originalité de ce périple : nous voilà donc à pied d'oeuvre le samedi à 17h20 en mode "vélo-ski"!
La route s'y prête vraiment bien : pas de pente trop raide et peu de neige. La balade à vélo pour rejoindre le parking au bout de la route nous prend 40 minutes.
C'est ici que nous installerons notre bivouac, sur la terrasse couverte du point d'information (qui n'est ouvert que l'été). Nous ne le savons pas à ce moment là mais nous aurions dû pousser plus loin dans le vallon jusqu'à la cabane des Chalances, le confort aurait été nettement meilleur...
On a un peu de temps devant nous avant d'installer le bivouac, on en profite pour visiter les ruines du hameau de Basse Rua, abandonné en 1916 suite à un incendie et où seule la chapelle est encore debout (car rénovée en 1982).
On passe en mode restauration entre 19h et 20h, en mode confort avec table en bois et vue sur l'objectif du lendemain (c'est le sommet qui ferme la vallée tout au fond).
Après le repas, on se fait une petite balade à pied puis, un peu avant 21h, c'est l'installation du couchage. La nuit sera froide (autour de -5°C), heureusement que nous avons tous les trois de bons matelas et de bons duvets.
Après le réveil de 5h40 dû à un chevreuil énervé qui aboyait à proximité, nous nous levons finalement assez tardivement : le départ n'est donné qu'à 8h15, un horaire bien tardif pour faire l'ascension d'un sommet qui frôle les 3400m d'altitude avec donc pas moins de 1600 mètres de D+ à faire. C'est l'avantage d'un versant Ouest !
Sur les panneaux au départ, le sommet est indiqué "10 km - 6 heures". Nous n'y croyons pas vraiment mais la suite nous prouvera que ces indications sont tout à fait justes. Il n'y paraît pas comme ça mais le vallon est bien long et peu efficace, nous n'aurons grimpé que de 300 mètres de D+ après 2 heures de marche, c'est dire...
Il nous faut 30 minutes pour rejoindre la cabane des Chalances (où nous aurions dû dormir, elle est ouverte...).
Une progression lente mais dans un environnement totalement sauvage où nous sommes les seuls humains à la ronde. Ça n'a pas de prix !
On finit quand même par sortir de la forêt et de grands espaces immaculés s'offrent alors à nous.
Peut-on rêver meilleur endroit ? On kiffe grave comme disent les jeunes. 😄
Et on peut commencer à avaler un peu de dénivelé positif, il est temps !
Evidemment, on doit faire la trace dans ces espaces vierges, mais il n'y en a pas trop épais donc ça ne demande pas trop d'efforts. C'est même un plaisir qu'on se partage avec Romain tandis que Patrick reste tranquillement derrière.
Le sommet est là devant nous, il paraît proche mais nous mettrons pourtant 3 heures pour l'atteindre.
Pas à pas, on finit par s'en approcher, laissant loin derrière le Val d'Escreins (et au fond le Sud du massif des Écrins).
On s'écarte un peu pour franchir 2 ressauts plus raides qui nous donnent accès à la partie supérieure. Ça ne semble pas avalancheux mais on ne sait jamais.
Regroupement et courte pause après 4 heures de montée avant d'attaquer la dernière partie, le couloir qu'on voyait bien depuis le bivouac et qui remonte dans l'ombre sous l'arête rocheuse issue du Pic Sud de la Font Sancte.
On s'y attaque d'abord skis aux pieds.
Puis à pied car le fond dur rend la progression à skis peu confortable sauf à mettre des couteaux (que personnellement je n'ai pas).
Le sommet est en vue mais il nous faut encore quelques efforts pour l'atteindre, d'autant plus que le rythme a ralenti car l'altitude commence à se faire sentir.
On laisse finalement sacs et skis sur l'arête pour faire l'aller-retour au sommet à pied et en mode léger. De toutes façons, impossible de skier depuis le sommet étant donné le caractère rocailleux des pentes terminales !
Sommet à 13h50, après 5h40 d'efforts. Il se mérite celui-là ! Même s'il ne fait vraiment pas froid et que le panorama est dantesque, nous n'y restons que quelques minutes car il ne faut pas trop traîner pour entamer la descente.
La descente est à la hauteur de l'effort consenti pour se l'offrir : belles pentes soutenues et bonne neige au programme. Du ski de montagne comme on aime ! Et comme toujours, ça va trop vite, on aimerait en profiter plus longtemps...
Patrick a besoin de souffler, Romain va trop vite devant ! 😄

Malheureusement, même s'il fallait s'y attendre vue l'heure de descente, la neige devient collante sur le bas. Mais ce n'est pas ça qui nous gâchera le plaisir pour autant et la glisse est suffisante pour ne (presque) pas avoir besoin de pousser sur les bâtons.
Une variante nous fait improviser et bricoler un peu...
On profite jusqu'au bout des dernières plaques de neige qui nous ramènent à quelques encablures de notre lieu de bivouac. Au final, on ne fait que 3 ou 400 mètres à pieds, c'est top.
Les sourires sont sur les lèvres, plus qu'à récupérer les vélos et les affaires de bivouac (planqués pas loin), refaire les sacs et refaire une partie de vélo-ski pour rejoindre la voiture.
On ne doute pas que le Pelvoux, là-bas en face dans les Écrins, nous offrira autant de beaux moments que ceux passés ici, dans le Val d'Escreins. Encore faut-il que le bon créneau se présente, dans pas trop longtemps j'espère...
Merci Patrick et Romain pour être toujours partants pour ce type de bon délire !
(D+ 1650m)