Réveil 3h, solide petit-déjeuner (c'est l'avantage du refuge) et nous démarrons les premiers à 3h40. L'horaire est calculé afin qu'on rejoigne les premières cordées du refuge des Ecrins situé 600 mètres plus haut. On les retrouve en effet à 5h en train de s'équiper sur le glacier. On a beau être prévenu, c'est malgré tout surprenant de voir toutes ces loupiotes : il y a déjà au-moins 50 personnes et ce n'est qu'un début. Eh oui, c'est ça d'être sur une grande classique et en plus un "4000" : ça attire énormément de monde (avec énormément d'italiens comme on l'a constaté au refuge la veille).
A 5h30, il fait déjà moins sombre sur le long et plat glacier blanc qui vient buter contre le point culminant du massif : la Barre des Ecrins (4102m). A sa droite, le Dôme des Ecrins (4015m), notre objectif du jour. Nous avons choisi de nous encorder même si le glacier est vraiment peu crevassé ici...
5h45, le jour commence à poindre derrière nous. On aperçoit au loin quelques-uns de nos poursuivants.
On fait un petit détour par le Col des Ecrins où Romain et moi étions il y a une quinzaine de jours mais que Patrick ne connaît pas. Nous serons les seuls à faire ce crochet, étonnant !
6h10 : nous sommes aux premières loges pour assister au lever de soleil sur la Barre des Ecrins avec en prime la lune qui tutoie le sommet. C'est juste grandiose et chacun y va de sa photo.
Il y a déjà des cordées à l'assaut de la face et on ne s'attarde donc pas trop, il y a du monde au portillon...
La première pente est la plus raide et la plus exposée aux séracs, la neige est assez dure et il est difficile d'avancer à son rythme avec les cordes et le monde. Ce qui n'empêche pas Patrick de garder le sourire :-)
Derrière nous l'armée des prétendants au Dôme, probablement une centaine de personnes aujourd'hui. Quelques-uns vont vers Roche Faurio mais la grande majorité est bien là pour le Dôme. Pas de quoi gâcher le spectacle qui s'offre à nos yeux, le lever de soleil sur le glacier Blanc est splendide.
Patrick dans la première pente, une image qui donne une idée de l'inclinaison pas si débonnaire que ça surtout dans les conditions du jour avec une neige qui zippe sous les skis (même si ça ne paraît pas sur la photo). Une femme fera d'ailleurs une belle chute ici (une trentaine de mètres) lors d'une conversion. Elle mettra un peu de temps à se remettre et à reprendre le chemin du haut.
On monte régulièrement et on prend de l'altitude, le Dôme se rapproche mais on mettra encore plus d'une heure et demie pour l'atteindre...
Même si nous ne sommes pas les premiers, il n'y a qu'une petite dizaine de personnes devant nous. On n'est donc pas gêné et on s'offre quelques pauses pour grignoter, boire et prendre des photos.
Il y en a beaucoup plus derrière mais tout ce monde s'étale en fonction du rythme de chaque cordée. Heureusement ! Le panorama s'ouvre de plus en plus avec au fond un sommet plus haut que tous les autres où nous aurions dû pu être aujourd'hui... mais pas de regrets à avoir, nous sommes tellement bien ici !
On a pris notre rythme de croisière, on monte régulièrement malgré l'altitude qui commence à se faire sentir. Le Dôme se rapproche...
Passage sur une crevasse, dire qu'il y en a qui montent sans être encordés... Drôle de choix.
Dernière pente avant la grande traversée sous la Barre. Le Dôme est maintenant tout proche.
Derrière nous la troupe suit toujours.
On accède au but, plus qu'une traversée à faire et la rimaye à franchir. Patrick et Romain regarde plus haut vers la Barre mais nous n'irons pas aujourd'hui...
8h45, arrivée au Dôme des Ecrins, 4015m. Nous aurons mis 5h pour y parvenir depuis le refuge du glacier Blanc, un horaire de sénateur mais il y a de la longueur et nous avons pris notre temps.
Les trois compères au sommet, heureux. Et le 1er "4000" français pour Patrick !
On ne reste qu'un quart d'heure au sommet, le vent rafraîchit l'atmosphère et on laisse la place aux nombreuses cordées qui arrivent. On a le privilège de chausser les skis au sommet, la rimaye se passant facilement pour des skieurs de notre trempe ;-)
La descente s'annonce bonne mais sans plus, le vent a malheureusement chassé la neige fraîche tombée dans la nuit de vendredi à samedi. Pas suffisant pour qu'on boude notre plaisir !
On laisse la Barre derrière nous et les quelques gars qui s'y attaquent. De ce qu'on a pu voir, un seul parviendra au Pic Lory (petite pointe blanche à droite), on ne sait pas s'il aura continué jusqu'au sommet de la Barre (à l'extrême gauche).
J'avais en tête d'aller jeter un œil à la brèche des Ecrins qui offre un beau point de vue sur le versant glacier Noir mais nous faisons demi tour car des plaques de glace en barrent l'accès. Dommage ! Cela nous oblige à effectuer une traversée un peu exposée au dessus d'une grande crevasse qui barre la face et qu'il nous faut contourner. Rien de bien méchant mais il ne faudrait pas tomber ici.
Pas du grand ski... mais du bon ski malgré tout dans cette face.
A 10h nous prenons le pique nique à l'abri sur le glacier Blanc. J'en profite pour soigner une ampoule, merci Patrick qui a du Compeed et Romain du Strappal... Je fais rarement des ampoules mais aujourd'hui j'en ferai deux grosses (une à chaque pied), surprenant !
On mange devant la face qu'on vient de descendre, satisfaits de notre première partie de journée. J'en profite pour motiver Patrick à nous accompagner ensuite au Col de la Grande Sagne. Il n'est pas très motivé mais finira par se laisser convaincre.
Et c'est reparti pour une courte mais intense remontée vers le Col de la Grande Sagne, à la poursuite de 7 autres personnes qui ont eu la même idée que nous.
C'est assez court (200m de dénivelé) mais la fatigue commence à se faire sentir et il faut mettre les crampons aux pieds et les skis sur le sac pour remonter la pente finale plus raide.
Dernier effort pour Patrick qui garde le sourire malgré la fatigue ;-)
Romain a pris de l'avance et nous attend au col.
Au col, une cordée s'engage dans le raide couloir qui descend versant glacier Noir. C'était l'itinéraire de descente qu'on avait également prévu mais nous n'irons finalement pas car les conditions sont médiocres. La suite nous donnera raison car nous apprendrons plus tard (via skitour) qu'ils seront contraints à remettre les crampons dans la partie la plus raide (neige béton) et que la partie basse sera remplie de boules difficiles à skier...
Côté Nord par contre c'est bonne neige et bon ski pour rejoindre le plateau du glacier Blanc.
On tourne le dos à la Barre et on profite de la glisse sur le glacier (quel plaisir comparé à la version estivale quand il faut traverser à pied !) pour retraverser vers la rive gauche.
Une belle descente vers la Pré de Madame Carle.
Derniers virages devant le front du glacier avant de rejoindre le refuge.
Et descente finale avec les skis à nouveau sur le sac et au milieu de dizaines d'italiens... Vraiment surprenant !
Retour au Pré de Madame Carle à 13h où on ne s'arrêtera même pas au refuge Cézanne pour boire une bière. C'est qu'on a de la route pour rentrer et qu'on a des bières au frais dans la voiture...
Bilan : on n'a pas fait le Mont-Blanc mais on s'est bien fait plaisir quand même !!! (et ce n'est que partie remise...)


















