Route de la Bérarde (2 jours après son ouverture) ce vendredi à 15h30 : nous sommes - Romain et moi - en chemin pour le Flambeau des Ecrins, cette petite pointe tout là-haut où nous nous dresserons demain matin si tout va bien. La décision a été prise hier, suite à l'annonce des nouvelles mesures de confinement qui nous limiterons à un rayon de 10km à partir de samedi soir. Patrick, Yoan, Lionel n'ont pas pu se libérer, dommage pour eux !
Les sacs sont un peu lourds au départ, d'autant que les skis s'ajoutent au reste (duvet, bouffe...) car l'enneigement n'est vraiment pas fameux. C'est un peu une surprise pour nous qui découvrons que les grosses chutes de neige d'il y a 3 semaines n'ont pas vraiment touché ce coin du massif. Ce sera d'ailleurs le constat même plus haut mais ça, nous ne le savons pas encore.
Nous ne chaussons les skis qu'un peu avant le replat du Plan du Carrelet. Face à nous, la muraille Nord-Ouest de l'Ailefroide qui culmine à 3954m et nous domine donc de plus de 2000 mètres. C'est une des plus hautes faces du massif dans laquelle se faufile la célèbre "Devies-Gervasutti" (pas pour nous) et, sur la droite, le couloir du glacier long (qui, lui, figure dans notre "to do list").
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| (photo Romain) |
Les skis repassent sur le sac pour la remontée orientée plein Sud vers le refuge Temple-Ecrins.
Refuge que nous atteignons à 18h15, soit en 2h15 depuis la Bérarde. Nous y trouvons un sympathique couple (Emeric et Gladys) avec qui nous partagerons la soirée et qui ont le même objectif que nous pour demain.
L'entrée du refuge est pour le moins originale : il faut se faufiler par la lucarne située au dessus de la porte d'entrée. Malheureusement c'est la seule ouverture du refuge, les autres sont fermées par des cadenas qui nous empêchent de faire entrée de la lumière et de la chaleur. Dommage ! La température dans le dortoir sera mesurée à 2°C par Emeric, heureusement que nous avons monté les duvets...
La soirée est vite passée, le repas est pris dehors (il y fait meilleur que dedans) tout en papotant et en profitant de la vue sur le vallon de la Pilatte et sur le chaînon qui domine le Plan de Carrelet.
6h50 samedi matin : sortie du refuge et départ vers le haut sous un ciel clair et une jolie lune !
Franchement, c'est un vrai bonheur d'être ici à cette heure là ! A 7h15 précisément, le soleil illumine les hauts sommets derrière nous : les Bans (3669m) à gauche, les Rouies (3589m) à droite.
Chaussage des crampons à 7h30, nous les garderons aux pieds jusqu'au sommet. Derniers échanges avec Emeric et Gladys car, plus rapides qu'eux, nous ne les retrouverons qu'en haut. Il faut dire que les pentes sont plutôt soutenues et que ça dénivelle vite !
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| (photo Romain) |
Les pentes raides se calment subitement et débouchent dans une cuvette quasiment plate dominée par la crête de Vera Croz. Nous avons passé la barre des 3000m.
Derrière moi, pile au dessus, le haut du beau couloir du glacier long est visiblement encore bien en glace, ce n'est pas aujourd'hui qu'il fallait s'y aventurer !
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| (photo Romain) |
Nous sortons le piolet pour le franchissement du premier verrou, qui présente des zones en glace. Nous nous demandons si nous pourrons le passer skis aux pieds au retour... Nous verrons bien !
Le second verrou passe mieux et nous débouchons sur un mignon petit plateau situé pile sous le sommet, au point 3372 indiqué sur le carte.
Plus qu'à filer droit vers le sommet par un petit couloir qui y mène directement. Un dernier effort qui passe comme une lettre à la Poste tellement nous sommes éblouis par les lieux et le cadre qui nous entoure.
Sommet à 9h20, nous allons y rester 1h30, le temps que la neige s'attendrisse un peu sous l'effet du soleil (enfin, c'est ce que nous espérons...).
Nos amis du jour nous rejoignent 30 minutes plus tard alors que nous nous restaurons tranquillement installés dans les rochers à l'abri du vent.
Le vrai sommet (3551m) est cet escarpement rocheux, rien de très compliqué pour l'atteindre mais sans corde et en chaussure de ski, nous préférons ne pas tenter le diable (même si je m'y aventure quand même sur une quinzaine de mètres histoire de jeter un œil). Dans l'axe derrière, 500 mètres plus haut, le Dôme et la Barre des Ecrins sont les maîtres des lieux.
Côté Nord, superbe vue sur le vallon de Bonnepierre qu'on domine de près de 800 mètres. Tout en bas à gauche, c'est la Bérarde où il va falloir maintenant revenir !
Nos compagnons du jour entament prudemment la descente à 10h20. Nous les observons et surtout entendons les skis crisser sur la neige encore bien dure. Gladys mettra 1/4 d'heure pour avaler le couloir sommital en dérapage et nous préférons donc attendre encore.
A 10h50, à notre tour de nous engager dans ce raide couloir, la neige n'est pas encore souple mais nous estimons que le vent empêchera de toutes façons son réchauffement avant encore un bon moment. Les virages s'enchaînent malgré tout et nous prenons du plaisir à skier mais si la prudence et de mise.
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| (photo Romain) |
Nous rejoignons Emeric et Gladys sur le petit plateau à 3372m et échangeons les derniers mots avec eux alors qu'ils ont rechaussé les crampons pour remonter au sommet (d'où ils redescendront à midi sur une neige un peu plus souple).
Quant à nous, nous poursuivons vers le bas sur une neige somme toute bien dure qui nécessite de la vigilance et des cuisses ! Nous passons malgré tout les deux ressauts raides skis aux pieds même si le second nous fait sortir le piolet par sécurité sur une dizaine de mètres.
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| (photo Romain) |
Plus nous descendons, plus la neige s'assouplit et plus le ski est bon. Nous profitons à fond de ces grandes pentes taillées pour le ski qui nous ramènent tranquillement au refuge en quelques minutes.
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| (photo Romain) |
La suite sera moins plaisante : récupération des affaires au refuge (duvet, réchaud, casserole) d'où nous repartons un peu avant midi, à ski sur une centaine de mètres avant de repasser à pied pour enchaîner les lacets orientés plein Sud.
Nous pouvons ensuite rechausser et nous laisser glisser sur le gros cône d'avalanche à la base du vallon de la Pilatte puis sur le long replat du Plan du carrelet en suivant le torrent du Vénéon.
Et c'est à pied que se finit le périple jusqu'à la Bérarde où nous arrivons à 13h20. Notre parenthèse d'avant "confinement avec limite à 10km" est terminée, elle nous a totalement satisfait malgré le manque de neige !
D+ 1850m