mercredi 15 avril 2015

Tête de Lauranoure

Les conditions très sèches du massif de l'Oisans de ce printemps 2015 ne nous auront pas empêchés d'atteindre (enfin) la selle neigeuse située 90m sous le sommet central de la Tête de Lauranoure. Enfin car c'était tout de même ma 3ème tentative sur cette montagne ! Tout commence mardi soir avec un départ de la maison un peu avant 20h : je retrouve Romain à Champ sur Drac et à très exactement 21h10 nous quittons le parking des Granges juste sous St Christophe en Oisans en direction du refuge de l'Alpe du Pin (1886m) que nous atteignons à 22h. Notre arrivée tardive ne dérange personne, le refuge est vide et n'attendait que nous !


Une arrivée de nuit ... et un départ quelques heures plus tard également dans la nuit noire :  il est 4h40 et c'est à la frontale (une pour deux car celle de Romain a rendu l'âme) que nous progressons sur la neige durcie par le regel nocturne.


Photo de mauvaise qualité mais c'est pour donner l'ambiance à 6h15 du matin alors que nous sommes vers  2500/2600m d'altitude. Romain peut enfin s'éloigner un peu de moi, enfin surtout du halo de ma lampe frontale ! Notre objectif est en vue, c'est la bande de neige qui tout là-haut marque le passage au dessus des 3000m.


6h45, les lueurs roses de l'aube apparaissent derrière les sommets à l'Est. A gauche l'Aiguille du Plat de la Selle (3596m) masque la Meije, seul le Râteau est visible à sa gauche.


La partie terminale de la course est en partie visible : il va nous falloir franchir le ressaut rocheux au niveau de son point faible sur la droite puis faire une longue traversée ascendante vers la gauche qui nous amènera jusque sous le sommet central de la Tête de Lauranoure (3325m).


7h05 : nous sommes au pied du ressaut rocheux avec sous nos pieds tout le vallon qu'il a fallu remonter. On aperçoit le village de St Christophe 1500m plus bas. Le soleil montre son nez et va rapidement chauffer l'atmosphère.


Nous voilà au "crux" de la course : c'est ici que nous avions fait 1/2 tour le 22 avril 2007 à cause d'une neige inconsistante qui ne permettait pas de prendre appui et de monter. C'est la raison pour laquelle nous sommes partis 1 heure plus tôt cette fois-ci, histoire de ne pas laisser le temps au soleil de faire son œuvre.


Les traces de nos prédécesseurs, comme nous il y a 8 ans, s'arrêtent ici. Mais pas nous ! Cette fois nous passons et c'est le sourire aux lèvres que nous montons droit dans la pente dans une superbe ambiance.

 

 Suit une grande traversée en direction de la selle neigeuse qui soutient le sommet. Romain file devant alors que je marque un peu le pas, il a la forme le bougre, c'est un des bénéfices des séances régulières de course à pied !



Un dernier petit ressaut à franchir afin d'accéder à la selle neigeuse terminale. Ce ressaut n'apparaît pas sur les cartes IGN, encore une preuve supplémentaire de l'inexorable recul glaciaire en cours...


Il n'est que 8h du matin et nous voilà arrivés sur la courte pente terminale qui vient buter contre l'arête rocheuse soutenant le sommet. Nous n'irons pas plus haut bien que nous en aurions le temps mais nous n'avons pas pris la corde et Romain n'a que des crampons alu qui ne résisteraient pas à une escalade mixte, aussi courte soit-elle.




Nous restons 1 heure sur cette terrasse ensoleillée à papoter (montagne bien sûr) en profitant du lieu et en grignotant nos quelques provisions (le petit-déj est loin !).


De notre perchoir, la vue est imprenable sur le vallon de Lanchâtra dominé par la Roche de la Muzelle (3465m). A gauche, entre ombre et soleil, le col des Berches qui permet l'accès au Valjoufrey. Un vallon typique de l'Oisans où le skieur est assuré d'être tranquille !


9h10, on estime que la neige sera revenue à point sur la partie basse sans pour autant avoir trop chauffé au niveau du verrou, c'est donc l'heure du départ à skis.



La partie haute est en vieille poudre tassée, ma foi pas désagréable à skier.



Puis c'est le passage où la pente s'accentue (env. 45°). La neige est sécurisante et la descente se fait sereinement malgré l'exposition au-dessus du verrou rocheux.


Au tour de Romain. Il ne reste vraiment pas beaucoup de place, juste une mince bande de neige suffisante pour passer les skis sans avoir à déchausser.



La suite se résume à de la poudre en rive droite (protégée du soleil) sur le haut puis une grande traversée à gauche pour aller chercher la moquette sur les pentes rive gauche qui chauffent depuis ce matin. Que du bonheur !



Du ski grand large, de gigantesques pentes dont nous sommes seuls à profiter. C'est avant tout ça qu'on vient chercher dans ce massif.



Sur le bas, on peut même se lâcher un peu en mode free style malgré le sac dans le dos. Un envol qui résume bien l'esprit du moment...


Nous on a choisi Lauranoure mais peut-être à tort, on ne connaît pas la salle de bain... D'ailleurs à propos de salle de bain, on prendrait volontiers une douche !


9h45, retour au refuge où nous ferons une pause d'une petite heure, le temps de se changer, de faire sécher les affaires, de boire un thé, de profiter de l'instant, ...


Un joli petit refuge qui doit être sympa aussi en été même si personnellement je préfère hors saison en mode non gardé.


Portage pour la descente finale qui nous prendra 45mn environ.


Passage sous la cascade de Pisse Froid que nous n'avons fait qu'entendre hier soir en montant.


Fin des efforts, retour à la voiture sous la chaleur, on sera trop heureux de passer en mode tenue légère et sandales.


La bière à La Cordée à St Christophe (d'où on voit bien le sommet du jour) est bien méritée !