6h du matin : après une nuit passée dans la voiture au col (j'ai fait la route hier soir), me voilà à pied d’œuvre pour débuter l'exploration du massif des Combeynots. J'ai prévu de monter à gauche au col des Clochettes (2549m) pour basculer versant NE et rejoindre le Pic Est (3145m) par le couloir banane, puis d'effectuer la traversée des arêtes jusqu'au Pic Ouest (3155m). La descente s'effectuera en versant Nord où je devrais a priori trouver la poudreuse...
Sur la carte, ça donne ça :
6h20, dans mon dos le soleil éclaire déjà la reine des lieux, j'ai nommé Madame la Meije.
10 minutes plus tard, zoom sur le groupe Bec de l'Homme, Meije, Gaspard qui dépasse au-dessus de la Pyramide de Laurichard encore dans l'ombre.
Je fais la pente terminale skis sur le dos et à 7h pile je suis au col des Clochettes. J'y trouve le soleil, c'est bien agréable.
Dix minutes plus tard, je suis en bas de la première descente du jour, 300m de dénivelée effectués sur une neige béton - le soleil n'a pas eu le temps de la réchauffer - mais bien lisse (à condition de maîtriser les virages serrés pour passer entre les boules dures des coulées). J'arrive de la droite et je vais remonter à gauche vers le pic Est du Combeynot.
8h20, altitude 2750m, solitude absolue dans ce vallon isolé. Derrière moi apparaissent les Aiguilles d'Arves (au centre de la photo). A droite, le Grand Galibier, théâtre d'un autre beau voyage effectué à la même période il y a deux ans.
Me voilà un peu plus tard à la base du ressaut terminal du Pic Est de Combeynot. Le joli petit couloir dans l'axe ne permet malheureusement pas d'atteindre le sommet facilement, je vais donc traverser vers la gauche pour emprunter le couloir banane qui, lui, permet d'atteindre la cime.
Au passage, je découvre que je ne suis pas seul dans ces hauts-lieux...
La remontée du couloir skis sur le dos me demande un gros effort et plus d'une heure, je me retourne régulièrement pour souffler, l'occasion d'observer mes traces et la route plus de 1000 mètres sous les pieds !
Seule petite angoisse : la belle corniche qui domine le haut du couloir... Du coup je reste au maximum collé contre les rochers à droite même si la neige y est plus meuble et que je m'y enfonce plus que si j'étais au milieu du couloir. Je me dis que j'y suis plus protégé en cas de rupture de corniche.
Le couloir vire progressivement à droite (d'où son nom de couloir banane). Je jette un regard en arrière depuis la dernière pente avant la crête sommitale. Quel cadre !
La pente est de l'ordre de 45°, je descendrais volontiers par là mais ce n'est pas ce que j'ai prévu. Une autre fois peut-être ?
D'où je suis la corniche reste impressionnante mais je ne crains plus rien en cas de rupture, je peux la contempler l'esprit tranquille.
Sortie sur la crête d'où le sommet n'est plus qu'à un jet de pierre (ou presque !).
Le panorama se dévoile vers le cœur du massif des Ecrins : Agneaux, Pelvoux, Barre des Ecrins (pour ne citer que les principaux).
A 10h je suis au sommet, ça m'aura quand même demandé 4 heures d'efforts mais quelle récompense !
J'arrive de ce versant :
La suite du programme est par là :
Zoom sur le sommet des Agneaux où je constate que skier la calotte devient de plus en plus compliqué, le recul glaciaire est inexorable. Il va falloir que j'y aille avant que ça ne passe vraiment plus..
Le Pelvoux, dont je rêve de faire la traversée à ski (l'an prochain peut-être ?).
La Barre et le Dôme des Ecrins (eux je les ai foulés déjà plusieurs fois !).
Meije, Pavé, Gaspard : des sommets sauvages et des glaciers tourmentés. L'image même de ce massif.
Courte pause au sommet du Pic Est du Combeynot où j'avale une barre et quelques gorgées d'eau puis je poursuis ma route le long de l'arête qui relie les sommets Est et Ouest. Regard en arrière sur le Pic Est et mes traces de descente.
Devant moi l'itinéraire est on ne peut plus évident jusqu'au Pic Ouest où je peux apercevoir 2 personnes.
Je découvrirai à la voiture, en discutant avec eux, qu'il s'agit de la professeure de français d'Elise accompagnée de son conjoint. Devrais-je d'ailleurs plutôt écrire "le professeur de français" même s'il s'agit d'une femme ? Je vais demander à Elise de demander à
Nouveau regard en arrière sur la belle arête que je viens de parcourir. Les pentes à gauche ont été skiées les jours précédents, les traces témoignent de conditions semble-t-il plutôt bonnes et j'avoue avoir failli y plonger à mon tour mais c'eût été dommage de venir jusqu'ici pour ne pas poursuivre jusqu'au Pic Ouest.
J'arrive à la jonction avec l'itinéraire classique de montée au Pic Ouest de Combeynot, j'y retrouve quelques randonneurs, finie la tranquillité !
J'y trouve notamment Virginie qui attend ici le temps que ses amis fassent l'aller-retour au sommet. Fatiguée, elle n'a pas eu le courage de les accompagner. Sauf qu'elle s'est restaurée et reposée depuis... Je réussis donc facilement à la convaincre de pousser avec moi jusqu'en haut, et à 11h00 nous y sommes. Sommet du Pic Ouest du Combeynot, altitude 3155m, un panorama à couper le souffle.

Après avoir profité du sommet, nous rejoignons les skis (laissés à la brèche sur l'arête) et je laisse ma compagne du sommet avec ses amis pour plonger dans la pente poudreuse déjà bien tracée. Je serai à la voiture dans 25 minutes sans me presser.
La neige passe sans transition de la poudreuse (jusque vers 2500m) à la moquette. Et ça skie jusqu'à la voiture, un vrai luxe à cette époque de l'année. En face, la route du col du Galibier forme un évident liseré blanc bien repérable ; son déneigement doit commencer cette semaine.
Voilà une vue du cadre de mon voyage de ce matin : montée par le col des Clochettes à gauche, enchaînement Pic Est et Pic Ouest de Combeynot, puis retour par la face Nord classique. Une balade d'environ 6 heures et 1500m de dénivelé positif. Il me restera maintenant, lors d'une prochaine visite, à aller faire un tour vers le Roc de Combeynot et le col de Laurichard et j'aurai fait le tour de ce secteur.
Cette virée aura aussi été l'occasion pour moi d'emprunter la fameuse "route de secours" tracée en urgence suite aux éboulements dans le tunnel du Chambon en avril 2015.














