vendredi 22 février 2013

Dans le Bens

On avait prévu une sortie pour dimanche mais la météo s'annonce mauvaise pour le week-end... Je propose donc à Patrick et Romain une virée vendredi. Heureusement, ils peuvent tous les 2 se libérer ! Reste à déterminer où on va, et là j'adopte une conduite purement dictatoriale : je tiens à skier la face N du Grand Crozet, d'autant plus que ça a été tracé 2 jours plus tôt et que les conditions sont annoncées bonnes. Patrick est bien un peu réticent car il n'a jamais fait de 5 (pente raide) mais il se laisse convaincre. Et c'est l'occasion pour Romain de découvrir ce vallon du Bens qui ne s'oublie pas une fois qu'on y a mis les spatules !

Début du voyage à 7h45 de la maison forestière de St Hugon (700m).


Le vallon est très long à remonter et ça ne dénivèle pas beaucoup, c'est une vraie plongée en dehors du monde. On atteint la baraque de Cohardin après 7km de chemin forestier. C'est là que débute vraiment la randonnée et on a l'objectif en point de mire.

Montée sans histoire à un bon rythme et dans un froid de canard. Même Patrick et Romain souffrent du froid aux mains, c'est rare ! Je fais régulièrement des moulinets pour éviter d'arriver à l'onglée. On débouche enfin au soleil, on est seuls au monde et c'est juste magnifique.


On prend 5mn au Plan des Férices pour manger un morceau (on aurait bien pris un peu plus mais le froid est mordant malgré le soleil). On est aux 1ères loges pour observer la face qu'on veut descendre et on repart vite pour avaler les 700 derniers mètres.


Je prends les devants car je veux profiter du voyage pour faire la face N du Pic du Frêne : pour 150m de dénivelé en plus, c'est l'occasion de rentabiliser le déplacement ! Romain me suit, hésitant sur le fait de m'accompagner ou pas. Il opte finalement pour aller m'attendre à la brèche du Grand Crozet avec Patrick.


J'attaque donc seul la face N pendant que mes acolytes rejoignent la brèche et le soleil
(on les aperçoit sur la photo : Patrick dans la pente et Romain sous la brèche)


Je rejoins l'arête où je laisse le sac et les skis et rejoins rapidement la croix sommitale.
Quel pied d'être là !



Du sommet, je zoome sur Patrick et Romain qui prennent le soleil à la brèche du Grand Crozet et se penchent sur la face N où on doit descendre. Un skieur les a rejoint et s’apprête à redescendre par l'itinéraire de montée.


Retour à la brèche où je pourrai chausser, avec le Grand Miceau au 1er plan et le Mont-Blanc en toile de fond. Ce couloir qui donne accès au sommet est a priori skiable plus tard en saison, lorsque le remplissage est meilleur, mais c'est impossible aujourd'hui sauf à être un free-rideur de haut vol (saut de 2 bons mètres avec réception dans le couloir de dessous incliné à 45°).


 Puis c'est la descente de la face sous l'oeil de Patrick et Romain qui sont pile en face. Le ressaut raide (55°) est en neige tassée par le dérapage de prédécesseurs donc je le passe aussi en dérapage, puis c'est ensuite une bonne poudreuse. C'est bon signe pour la face suivante qui nous attend tous les 3 et que je sais que Patrick appréhende un peu !


Une photo de Romain au moment où j'attaque la descente:
 

La face N du Pic du Frêne (skis laissés à la brèche à gauche et A/R au sommet à pied)

Courte remontée pour retrouver Patrick et Romain (merci de m'avoir attendu !).
Mais qu'y a-t-il donc là-dessous pour qu'ils se penchent comme ça ?


C'est la face N du Grand Crozet. 
L'entrée dans le couloir du haut se fait en dérapage sur une neige pas trop dure donc c'est sécurisant. Patrick est un peu tendu, c'est son 1er "5" et le cadre est quand même impressionnant, mais il gère tranquillement une fois les premiers mètres effectués. Le plus dur, comme toujours, c'est de se lancer !



Une fois ce passage avalé, on peut ensuite se lâcher dans de bonnes zones poudreuses. 


Romain lâche les chevaux sur fond de Grand Charnier d'Allevard.


Patrick fait ses premiers virages et la confiance remonte d'un cran.

J'enquille dans les pentes à gauche, vierges de traces, tandis que Patrick et Romain descendent la classique et me rejoignent au pied de la face.

Puis on plonge dans la masse nuageuse, ce qui donne de belles lumières, toujours en cherchant les zones poudreuses pas toujours faciles à identifier. C'est globalement bien bon à skier mais ça commence à être dur pour les cannes !


Retour un peu après 16h à la voiture, une sortie de 8h20 et 2250m de D+, un beau voyage dans ce vallon du Bens qui se mérite !