samedi 18 mai 2019

Pastourelle

Lever un peu avant 6 heures pour un début de retrait des dossards à 6h30, me voilà prêt pour le départ qui sera donné à 8 heures. Veste imperméable de rigueur, dehors il pleut comme vache (de Salers bien-sûr) qui pisse ! Je me sens prêt, juste un peu tendu du côté du bide...


A quelques secondes du coup de feu, je suis encore à l'abri sous l'avancée du camion de Pierre et Bernadette - les chronométreurs - placé sur la ligne de départ (qui est également l'arrivée). Je leur ai laissé un sac avec mes affaires de rechange, un privilège dont je ne me prive pas !


Je prends un départ prudent et, malgré ça, je m'arrête assez rapidement pour enlever une couche : parti avec 2 tee-shirts techniques sous la veste dont un en mérinos, j'ai vraiment trop chaud ! Je monte à l'économie et passe au col de Néronne (km10 en 1:07:41). A titre de comparaison, l'an passé sur le 32km, j'avais mis 56:13 mais aujourd'hui j'ai plus de distance à faire et je dois gérer mes efforts...

Je suis contraint de faire une pause technique dans les bois après le col de Néronne, mon ventre étant toujours aussi tendu, et je repars franchement libéré ;-)

Me voilà déjà au troisième ravitaillement (km14) où je m'arrête une petite minute contrairement aux deux premiers : 2 abricots secs, 1 verre d'eau et me voilà reparti dans la grande descente qui nous fait perdre 450 mètres de dénivelé. Une descente boueuse à souhait mais qui, du coup, ne m'entame pas trop les jambes !

"Au village du Falgou, la course commence vraiment".
C'est ce que me dit un participant avec lequel je discute alors qu'on entame la montée qui suit le village. Il a déjà couru ici l'an dernier et avait fait 8h40 mais il me dit qu'il est plutôt sur une base de 8h aujourd'hui : exactement l'objectif que je me suis fixé ! C'est bien, d'autant que je le largue assez rapidement dans la longue montée qui nous fait prendre 600m de dénivelé en 6km.

Presque en haut de la montée, la pluie se calme et j'en profite pour sortir le téléphone et prendre une photo. J'en prends beaucoup plus habituellement mais aujourd'hui les conditions météo m'ont obligé à le mettre dans un sac plastique zippé et j'avoue avoir eu la flemme de le sortir... Vous constaterez que le décor est vraiment splendide, n'est-ce pas ?


Je vois à cette occasion que Titsumo m'a appelé, je la rappelle donc et papote deux minutes avec elle et Trudy qui me suivent à distance depuis le Nord. Merci les filles, ça fait chaud au cœur ! Elles m'apprennent que la tête de course est déjà passée depuis un moment au Puy Mary (au Pas-de-Peyrols en réalité) : rien à dire, on ne joue pas dans la même cour !

Il fait un froid de gueux tout au long de la longue arête qui sépare le Luchard du Pas-de-Peyrols : environ 6,5km passés dans le vent, le brouillard, le grésil... Vraiment dur ! Sentant rapidement que je me refroidis (malgré le fait que je cours), je m'arrête à l'abri d'un gros rocher pour remettre mon tee-shirt manches longues en mérinos et je fais bien car j'ai malgré ça beaucoup de mal à me réchauffer. Le pire ce sont mes mains gelées dans les gants trempés, je fais régulièrement des moulinets de bras mais rien à faire. C'est donc un peu entamé que j'arrive au ravitaillement du Pas-de-Peyrols (km 29,5 en 4:03:04) où deux bonnes nouvelles m'attendent. La première est que la petite boucle du Puy Mary n'est plus au programme pour des raisons de sécurité soit un peu plus de 2km de moins à effectuer (je suis quand même un peu déçu au fond mais c'est vrai que les conditions sont bien trash aujourd'hui et je comprends l'organisation). La deuxième est qu'une soupe chaude est servie au ravitaillement : un vrai bonheur qui va me permettre de me réchauffer un peu !

Après une pause de 3 ou 4 minutes, il faut reprendre la route. C'est le cas de le dire puisque le parcours emprunte la chaussée bitumée sur quelques centaines de mètres jusqu'à un petit col où nous la quittons pour reprendre un sentier technique et boueux. Je me suis mis dans ma bulle et alterne course et marche avec un petit groupe de 5 coureurs perdus au milieu du brouillard. Nous rejoignons le parcours du 32km sous le Roc des Ombres : je retrouve un terrain connu (puisque parcouru l'année dernière) et j'ai désormais des repères quant à ce qu'il reste à faire pour rejoindre l'arrivée. Les montées me permettent de lâcher mon petit groupe, je me sens bien et surtout réchauffé par rapport à tout à l'heure !

Je commence à croiser les nombreux randonneurs du 32km (qui font le parcours de la course à l'envers) et, juste après le passage (enneigé) de la brèche d'Enfloquet, là où le 53km monte raide sur la droite et le 32 file en traversée, j'entends une personne crier à un coureur qu'il s'est trompé de parcours. Il s'agit en fait du 1er du 32km que je regarde filer à vive allure alors que je remonte vers la crête. Il arrivera bien avant moi celui-là !

Un peu plus tard, après un nouveau ravitaillement où je mange 2 morceaux de banane et bois un verre d'eau, me voilà au sommet du Puy Violent, dernier point haut du parcours avant la longue descente vers St-Paul-de-Salers. La pente qui en descend est jalonnée par des cordes et c'est un véritable toboggan de boue où je manque par 2 fois de tomber tellement c'est glissant ! La piste carrossable qui suit est nettement plus tranquille et les kilomètres défilent un peu plus vite...

Après le ravitaillement du Puy Violent (km43 en 5:54:26), le circuit part à gauche dans les prés bien humides, traverse un torrent et descend au milieu des alpages. Le temps se dégage enfin un peu, ça fait du bien mais je suis encore bien engourdi puisque je suis incapable d'enlever mon lacet pour ôter ma chaussure gauche où je ressens un pli sous la voûte plantaire (je dois demander à un coureur qui passe de le faire pour moi !). Mes mains resteront transies encore un bon moment et j'aurai des difficultés à ouvrir une malheureuse gourde de compote à boire puis serai encore obligé de demander à un spectateur de fermer le clip de mon sac, étant incapable de le faire moi-même ! A la réflexion, je pense que j'ai commis l'erreur de garder mes gants mouillés dans le froid, j'aurais probablement dû les enlever une fois trempés...

La longue descente d'une dizaine de kilomètres se termine juste après le passage à St-Paul-de-Salers, à quelques encablures de l'arrivée qui se trouve là-haut sur la crête en face. C'est le moment de prendre une nouvelle photo.


La remontée se passe mieux que l'an dernier (où j'avais les jambes en bois, ce qui n'est pas du tout le cas aujourd'hui) et je double même un gars du 32km qui est littéralement cuit : je l'encourage à s'accrocher un peu derrière moi mais il lâche rapidement et je ne le reverrai pas ! Je rejoins finalement la ligne d'arrivée en 7:22:40 avec le sourire aux lèvres et le sentiment d'avoir plutôt bien géré ma course. Bien sûr je suis près de 3 heures derrière le vainqueur François D'HAENE (4:26:54), mais je n'ai pas à rougir vu la référence (quadruple vainqueur de la Diagonale des Fous, triple vainqueur de l'UTMB, etc.) !


Luxe suprême, je peux prendre une douche immédiatement grâce à Pierre et Bernadette qui m'ouvrent la porte de leur chambre d'hôtel située à 10 mètres de la ligne d'arrivée. Vraiment un grand merci !
Puis j'attends Patrick que je rate (je devais être en train de discuter avec Georges, l'homme en rouge en haut à droite sur la photo ci-dessus) et que je ne retrouve qu'à la voiture : il a terminé en 4:16:26, bravo ! Félicitations aussi à François (3:43:17) d'Idée Alpe ;-)





Nous finirons allègrement la journée au grand repas servi sous le chapiteau, la truffade et la viande de Salers seront ingurgitées sans retenue et le sommeil viendra vite une fois revenus à l'hôtel !