Ça semblait pourtant mal embarqué lorsque je quitte la voiture à la baraque du Jas.
Sur l'arête Sud-Ouest de la Grisonnière, j'émerge d'une mer de nuages tumultueuse d'où seul dépasse l'Obiou.
Le long de l'arête, sorti des nuages, l'ambiance est magique et la température est remontée, je suis désormais en simple short et tee-shirt, tenue que je conserverai pendant les 2 heures suivantes.
Au sommet, c'est du grand spectacle. Au premier plan, le cairn sommital de la Tête de la Grisonnière, puis de droite à gauche toute la chaîne entre Coiro et Grand Armet. Un enchaînement d'arêtes qui relève de l'alpinisme facile que j'aimerais bien parcourir un jour en intégralité mais ça ne sera pas aujourd'hui !
Je vais quand même en faire une toute petite partie dès maintenant puisque mon objectif est de rejoindre le sommet du Coiro en suivant le fil de l'arête. Un cheminement qui ne paraît pas si simple vu d'ici...
Mais comme souvent, en se rapprochant, les difficultés s'effacent et l'itinéraire devient de plus en plus évident. A droite, Obiou et plateau de Bure dépassent tout juste de la mer, c'est un véritable enchantement d'être seul ici, un de ces moments où tu te sens vraiment en vie comme dirait l'autre !
Un peu plus haut, je peux observer de plus près le ressaut qui précède le sommet. Suivre le fil de l'arête me semble jouable mais un peu trop risqué à mon goût, étant seul, en baskets et sans aucun matériel. Heureusement, il semble a priori que je puisse contourner la difficulté par les pentes sur la droite.
L'arête que je viens de descendre est bien déchiquetée et un peu impressionnante elle-aussi, pourtant, rien de bien difficile pour qui est un peu chamois, je vous l'assure.
Quelques minutes de montée plus tard, je peux profiter de la vue sur une partie du chemin que je viens de parcourir : l'arête qui mène à la Tête de la Grisonnière (à gauche) puis celle plus rocheuse qui rejoint ma position.
Je coupe comme prévu dans les pentes du flanc Sud pour éviter la partie de l'arête qui me semblait trop engagée. Le terrain est aride et un peu lunaire mais je me sens vraiment à ma place ici.
Après un peu de crapahute, j'atteins un collu d'où la suite se dévoile : le sommet est là, tout proche.
Mais avant de m'y rendre, je monte rejoindre la crête et repars un peu en arrière pour voir si j'aurais pu m'engager plus bas directement sur le fil de l'arête. Difficile à dire, vu d'ici ça semble bien effilé tout de même... Mais quel fantastique spectacle j'ai sous les yeux !
Reste maintenant à franchir le dernier obstacle défendant le sommet du Coiro.
Rien de bien difficile à vrai dire, juste quelques pas d'escalade facile où il faut faire attention à tester les prises.
Puis une facile arête de rochers brisés qui mène à la cime.
Me voilà au second sommet du jour, le Coiro (2607m).
J'y goûte une pause d'une quinzaine de minutes à profiter du lieu tout en grignotant une barre. Existe-t-il meilleur endroit pour un goûter ?
Le plus court chemin pour rentrer serait de logiquement plonger dans les pentes à droite que j'avais skiées avec Patrick en mars 2015 mais la suite du programme me semble plutôt de poursuivre sur les arêtes pour prolonger le plaisir d'être là. Je vais donc descendre au col puis remonter en face à la pointe 2545m d'où je descendrai ensuite l'arête vers la droite. La poursuite à gauche en direction des Armets sera pour une autre fois !
Voilà l'arête que je vais suivre, celle des Rochers du Serre, sous laquelle s'éparpillent quelques chamois qui broutent l'herbe rase et jaunie. Au fond, l'Olan est majestueux du haut de ses 3564m.
Il ne me faut que 10 minutes pour rejoindre la pointe 2545 depuis laquelle je me retourne pour contempler le Coiro et la Tête de la Grisonnière (et toujours l'Obiou qui forme une île au large).
Un jour prochain, c'est certain, je continuerai ce chemin sur les arêtes en direction du Nord, le Rocher du Vallon et la Tête de l'Ermitat attendent ma visite !
Mais aujourd'hui c'est par là que je continue mon chemin, et c'est chouette aussi...
Descente prudente (il faut toujours l'être sur ce type de terrain) mais néanmoins rapide, je me sens presque l'agilité d'un chamois à force d'arpenter ce type de terrain.
Prudence encore plus de mise pour descendre l'arête qui plonge ensuite vers le bas depuis la pointe 2432.
A ma droite, le Coiro domine tout le vallon.
L'arête que je viens de descendre : du pur terrain à chamois !
Il va bientôt être l'heure de plonger dans la mer, je profite de ces derniers instants au soleil.
La suite est moins agréable, elle consiste à descendre dans le brouillard en faisant des points GPS réguliers, d'abord dans un terrain plutôt raide et caillouteux, ensuite dans la végétation (myrtilliers, genévriers, rhododendrons), jusqu'à passer sous la couche nuageuse et retrouver un peu de visibilité. Une fois encore, merci Iphigénie !
Je retrouve la voiture à 18h pile, un peu plus de 4 heures après l'avoir quittée.
Ambiance formidable sur la piste du retour, que c'est beau ! A l'image de toute cette sortie...